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Femmes constructrices

La Bolivie connait d’une croissance record sur le continent latino-américain. Alors dans tout le pays on voit pousser des gratte-ciel, des maisons et autres constructions. Le secteur du bâtiment est florissant, il attire donc beaucoup de travailleurs… et de travailleuses. Elles sont de plus en plus nombreuses les femmes à venir sur les chantiers, attirées par une paye intéressante, plus intéressante que celle d’employée de maison. Mais dans ce secteur comme dans tant d’autres elles subissent des discriminations. Alors les femmes maçons se forment et se regroupent pour être plus fortes face à leurs homologues masculins.

8h du matin. Départ pour le chantier. Dans la benne du camion sont entassés les outils et une douzaine d’ouvriers. Parmi eux, 6 femmes. En Bolivie elles sont environ 21 000 à travailler dans la construction.

Il faut soulever des dalles qui pèsent très lourd, mais personne ne se plaint. Encore moins Celia Sukso, chef d’équipe, qui travaille sur les chantiers depuis deux ans maintenant: « Avant j’étais mère au foyer, et en même temps je travaillais comme employée de maison, je faisais du ménage… Mais je ne gagnais pas beaucoup. Alors je me suis lancée et j’ai commencé à travailler comme manœuvre sur les chantiers. »

Le travail est pénible mais la paie vaut le coup. Aujourd’hui un salaire de maçon est d’environ 2600 bolivianos par mois soit 320 euros. Une employée de maison gagne 1500 bolivianos. Le choix est vite fait.

Mais sur les chantiers souvent, les femmes sont assignées aux tâches les plus ingrates. Celia Sukso l’a vécu, comme toutes les autres :« Sur les chantiers les hommes cherchent toujours à nous humilier, et surtout ils nous empêchent d’apprendre plus qu’eux, ils sont envieux. Ils ne nous laissent rien faire. Mais je ne me suis pas laissée impressionnée et je les ai regardés travailler. C’est comme ça qu’est venue l’idée d’étudier la maçonnerie. »

Alors qu’elle a commencé comme simple aide-maçon, aujourd’hui Doña Celia est cheffe d’équipe, et pas de n’importe laquelle, une équipe exclusivement féminine. Toutes se sont formées sur le tard à la construction.

L’organisation Gregoria Apaza, basée dans la ville de El Alto,  est l’une des institutions qui enseignent à ces femmes les métiers du bâtiment.  Aujourd’hui elles sont une dizaine, jeunes, plus âgées, mères pour la plupart, à apprendre la peinture murale. Elles repeignent les murs d’une école.

Mais pourquoi toutes ces femmes ont-elles choisi la construction, considérée comme un métier d’hommes? Pour Ines Apaza, responsable de la formation, la réponse est simple : « Nous sommes dans une zone nouvelle, qui grandit un peu plus chaque jour, donc la demande en ce qui concerne la construction est très forte. Et c’est un domaine qui paie bien. De plus nous nous sommes rendus compte que les femmes avaient toutes déjà travaillé dans la construction, de manière informelle, quand leurs associations de voisins refont une route par exemple. Donc, pour promouvoir un accès égalitaire à ces métiers il fallait former ces femmes, leur donner des diplômes. »

Et beaucoup ont un parcours de vie semé d’embûches. Misère, mari violent, discriminations.. Alors dans cet atelier, on se forme à la peinture en bâtiment mais pas seulement. Marissa Apatzi, est là pour sensibiliser les femmes à leurs droits. Toutes sont assises en rond, des feuilles de coca passent de mains en mains pour éviter la fatigue. « Avec mon équipe, une travailleuse sociale, une psychologue et moi-même, nous travaillons à leur émancipation, à dire à ces femmes qu’elles ont le droit de vivre sans violence. Pourquoi nous les femmes continuons à supporter des années et des années, une vie entière, de violence ? Dans ce cours nous commençons avec la partie personnelle – a-t-on le droit de me traiter ainsi ?- ensuite nous travaillons le côté social, avec leurs familles, et ensuite la partie légale. » explique Marissa.

Et quelques ouvrières, fortes de ces informations et de leurs diplômes, ont décidé de créer une association, l’association des femmes maçon, ASOMUC. Pour rencontrer Sonia Quispe, l’une des responsables, il faut se lever tôt, avant qu’elle ne parte sur le chantier.
Autour d’un café elle raconte pourquoi il a fallu créer une association uniquement de femmes :  « Dans la confédération syndicale bolivienne, on n’a jamais vu une femme. Et si il y en avait une ce serait pour faire joli, elle n’aurait ni voix, ni vote. Ce que l’homme décide, la femme doit l’accepter. Et nous évidemment nous ne voulons pas ça, nous voulons nous exprimer, nous voulons réclamer, nous voulons faire valoir nos droits en tant que femmes. »

Aujourd’hui dans l’association des femmes maçons elles sont 165 membres, et comptent être plus nombreuses encore. Car dans ce milieu de la construction une représentation par des femmes et pour les femmes est nécessaire.

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